Gestion des fréquences numériques
0701 Gestion des fréquences numériques : débat entre "télévision" et "télécoms"
Alors que les députés doivent discuter fin janvier du projet de loi "Télévision du futur", le débat sur la gestion du spectre des fréquences s'amorce enfin en France, où - contrairement à
Le projet de loi sur la télévision du futur est destiné à réformer le droit audiovisuel en précisant les conditions de l'extinction de la diffusion analogique et l'introduction de la télévision mobile personnelle. Il a permis de lancer en France le débat de la gestion des fréquences, sur laquelle il était grand temps de se pencher. Car la méthode actuelle de gestion des fréquences en France conduit à des incohérences et insécurités juridiques : alors que les opérateurs mobile de troisième génération (3G) ont été contraints de débourser 619 millions d'euros pour l'achat du spectre correspondant, les fournisseurs de télévision mobile personnelle (TMP), eux, ne paieront rien - alors même qu'ils pourront offrir des services interactifs. Les opérateurs WiMax pourraient offrir des services haut débit en mobilité mais n'ont pas le droit de le faire pour l'instant (voir article en ligne). S'ils activaient ces fonctionnalités, cela pourrait créer une concurrence déloyale à l'égard des opérateurs UMTS ayant payé leur fréquence beaucoup plus cher. Mais empêcher les opérateurs WiMax d'activer cette fonctionnalité prive les consommateurs d'un service supplémentaire, ce qui comporte également un coût pour la collectivité.
La gratuité du spectre devient une aberration
Vers l'introduction d'un modèle payant
Dans le but d'améliorer la transparence et d'harmoniser les conditions d'occupation du domaine public, le Royaume-Uni tente d'introduire un système de redevance généralisé qui tiendrait compte de la valeur intrinsèque du spectre, notamment le coût d'opportunité. Les obligations de service public des chaînes seraient valorisées et compensées par un système transparent de subventions - comme le fonds du service universel en France. Alternativement, le montant de la subvention serait pris en compte de manière explicite dans la fixation du montant de la redevance. C'est d'ailleurs à peu près ce système que préconise le rapport de la commission sur l'économie de l'immatériel, qui propose l'introduction d'un modèle de paiement généralisé et que toute remise accordée aux acteurs audiovisuels repose sur un "principe d'équivalence démontré" : "Les contreparties qui sont aujourd'hui exigées des chaînes devraient en effet être équivalentes à la valeur que représente à leur actif l'occupation à titre gratuit et pour des durées longues du spectre hertzien". La gratuité ne permet pas une utilisation optimale de la ressource spectrale. Elle peut également conduire à des distorsions de concurrence. On peut légitimement s'interroger sur l'attribution gratuite du spectre aux opérateurs de TMP, service pourtant en concurrence avec l'UMTS.
Nouveaux services (WiMax mobile p. ex.) = baisser des redevances
Bien que l'annexe de la directive européenne "Autorisations" (directive 2002/20/CE du 7 mars 2002) permette aux Etats membres de prendre en compte des objectifs de politique audiovisuelle pour les autorisations d'utilisation du spectre, les conditions d'attributions doivent conduire à l'utilisation efficace du spectre et non pas à des distorsions de concurrence. Ce dernier point est particulièrement épineux. Le récent rapport du régulateur suédois démontre qu'une partie de la valeur du spectre pour la collectivité est liée à l'introduction de nouveaux services entraînant une baisse généralisée des prix, notamment pour les services mobiles. En d'autres termes, empêcher HDRR [filiale à 70,2 % de TDF] d'activer la fonction "mobile" dans son réseau WiMax dans le Loiret se traduit par un coût pour la collectivité qui se voit privée de services innovants. En même temps, il n'est pas acceptable de perturber le plan d'affaires des opérateurs mobiles ayant chèrement payé le droit d'offrir des services de haut débit mobile sur le territoire français et ayant des plans d'investissements très lourds. La nécessaire transition que
Pour un partage des fréquences entre télévision et télécoms
Le projet de loi sur la télévision du futur a heureusement permis à certains parlementaires de prendre conscience de l'étendue du débat. Les sénateurs Hérisson et Retailleau ont appelé, dans un avis au nom de la commission des Affaires économiques du 15 novembre 2006, à l'ouverture d'une "réflexion approfondie et stratégique" sur la gestion de la ressource spectrale. Le député Blessig a quant à lui proposé que le dividende soit équitablement partagé entre services et opérateurs, et non pas réservé aux seuls services de télévision. Le sénat a introduit un amendement pour que la réaffectation du spectre favorise la diversification de l'offre de services, l'amélioration de la couverture numérique du territoire, et l'optimisation de la gestion par l'Etat du domaine public hertzien, ce qui est cohérent avec une réflexion globale sur l'utilisation optimale de cette nouvelle ressource. En revanche, il faut éviter doute disposition qui réserverait une partie minimum du spectre aux services audiovisuels, car cela préjugerait l'issue du débat sur le futur schéma de réaménagement du spectre et les réformes communautaires en la matière.
Source : Les Echos, par Winston Maxwell, avocat associé chez Hogan & Hartson Paris.
Le lien : http://comelec.lesechos.fr/premium/comelec/debat/300131457.htm