Les nouveaux usages de la carte bancaire
La carte de paiement s’inscrit donc dans une dynamique qui s’appuie sur deux principes :
- un positionnement en concurrence avec les autres moyens de paiement partout où son modèle économique et sa facilité d’usage est supérieur pour les acteurs ; on se situe ici dans une stratégie de substitution.
- un élargissement de sa sphère d’utilisation tant en émission qu’en acceptation. Il s’agit ici d’une stratégie de conquête fondée sur la mise à disposition de produits nouveaux.
Quatre axes sous-tendent ces stratégies :
- la carte doit être acceptée par des secteurs d’activités ou des créneaux de marché qu’elle n’a pas ou mal pénétrés pour des raisons historico-économiques (santé, taxis, « utilities »…), ou réglementaires (jeux, administrations….) ;
- la carte doit être émise dans des environnements où elle est le support de valeur ajoutée pour les acteurs (carte de crédit, cartes entreprises)
- la carte doit continuer à s’inscrire dans les modes de distribution commerciale (nouveaux commerces, nouveaux canaux, mixité des canaux) où elle apparaît comme le support de paiement le plus efficace pour une pénétration rapide, facile et un accompagnement des modèles économiques recherchés par les promoteurs des nouvelles formes de vente ;
- et surtout, la carte doit parfaire l’élargissement de son acceptation géographique en permettant, de manière homogène, l’utilisation d’un moyen de paiement de référence en Europe.
Pour bien appréhender le champ d’évolution de la carte de paiement sur ces quatre axes, il faut en rappeler les fonctions de base et leur valeur ajoutée, en particulier grâce à la puce, par rapport aux autres moyens de paiement :
- la carte est un support d’identification indissociable du moyen de paiement qu'elle est à titre principal. En soi, cette fonction initialement nécessaire au routage des opérations ne présenterait guère de valeur ajoutée si elle n’était supportée par des technologies (embossage, puce, radio …) et des infrastructures (réseau d’autorisation…) permettant l’authentification que la personne qui détient la carte a connaissance du code confidentiel (code secret, cryptogramme visuel, signature électronique,) et autorisant donc des applications de gestion en la matière;
- la carte est d'un moyen de paiement qui permet des transferts de fonds de compte à compte. Cette fonction initialement limitée au paiement et au retrait peut être étendue, au gré des opportunités de marché, à d’autres services bancaires (crédit, rechargement…) ou commerciaux (co-marketing, multi-application, fidélité…). Pour prendre la mesure des développements possibles, il faut considérer les potentiels de la carte, soit en en tant que support physique (« rectangle de plastique »), soit dématérialisée au sein d’un mobile ou appareil relié à un réseau permettant l’accès à des services payants ;
- la carte est un support d’accompagnement de la dématérialisation des informations relatives à la transaction (n°billet avion, TVA, facture dématérialisée…). Ce sont ses capacités d’interfaçage et d’intégration aux systèmes administratifs et commerciaux, doublées de ses qualités sécuritaires et de son contexte normatif mondial qui la placent comme moyen de paiement de prédilection de ces types de transactions.
Si la carte bancaire a conquis la plupart des consommateurs et des secteurs de la distribution, certains secteurs d'activité n’ont pas bénéficié de la même perméabilité. C’est le cas de certains métiers de la santé qui n’ont pu, au premier abord, considérer la carte au regard de sa sécurité – assurée par le système de protection sociale – ou de sa productivité. La demande des consommateurs reste pourtant importante à cet égard.
Il en est de même vis à vis des paiements des services de l’Administration où il faut saluer la dynamique des pouvoirs publics qui mettent en œuvre un programme de rénovation des pratiques d’encaissement de la sphère publique où la carte tient une place primordiale. C’est ainsi que les administrés pourront payer sur place ou en ligne des prestations, des frais de cantine, des loyers etc… Les mesures adoptées par les établissements bancaires pour favoriser la mise à disposition d’une carte de paiement devraient y contribuer largement.
Encadré par des dispositions réglementaires, le secteur du jeu s’ouvre également à l’usage des cartes bancaires pour les paris et loteries en ligne ou sur des automates à la suite de travaux en commun avec le Groupement des cartes bancaires "CB" alliant le contexte ergonomique et ludique du jeu et les exigences de moralité inscrites dans le droit.
Si le consommateur cherche toujours plus de points d’acceptation de sa carte, il semble qu’il soit sensible également à diversifier son mode d’utilisation. C’est à ces attentes que répondent les produits nouveaux proposés par les établissements émetteurs de cartes bancaires.
Au delà de l’apparition de nouveaux design de cartes, voire de leur forme, qui traduisent une tendance à la séduction, deux exemples de fonctionnalités à forte valeur méritent d’être citées, parmi une floraison de possibilités de segmentation des produits diffusables :
- la carte de crédit : la carte bancaire offre, entre autres avantages, un élargissement de la sphère d’utilisation du crédit dans un contexte de discrétion qui favorise son utilisation
- la carte cadeau : de même, l’offre d’une carte bancaire acceptée universellement, renforce l’attractivité d’un produit actuellement restreint à des univers privatifs.
Remarque : Ces deux types de produits masquent en réalité l’émergence prochaine –en France tout au moins- de familles de produits : les cartes co-marquées et les cartes prépayées.
Il faudra y revenir.
Le succès de la carte bancaire en France auprès des consommateurs tient autant à la simplicité du produit et à la confiance qu’elle inspire qu’au principe même de l’interbancarité qui en a fait un produit à bas coût, reposant sur un système moderne.
Cette situation confère à la carte bancaire une potentialité pour d’autres usages.
Les entreprises et les administrations sont confrontées de la même manière à la modernisation de leurs processus et mettent en oeuvre, en particulier depuis l’émergence de l’économie numérique, les moyens de leur rationalisation.
Dans cette « chasse aux coûts », les banques disposent avec la carte bancaire d’un atout particulièrement valorisant et profitable pour leurs clientèles professionnelles.
Une gamme de cartes « entreprises » se développe. Leur commercialisation s’accompagne d’un véritable conseil en organisation et en intégration auprès des entités. Ces cartes apportent une réponse aux efforts de dématérialisation des commandes, facturation et paiement des achats.
La valeur ajoutée d’une carte d’achat tient pour l’essentiel
- d’une part, pour l’acheteur dans la délégation et le contrôle qu’elle facilite pour la commande et le paiement des biens courants ;
- d’autre part, pour le fournisseur, dans l‘accélération des délais de paiement, résolvant une des difficultés importantes de nos échanges économiques.
La carte bancaire d’achat bénéficie de toutes les infrastructures existantes : sécurité de la carte à puce, réseau d’autorisation, échanges internationaux, simplicité d’usage.. qui en garantissent les coûts bas (c’est la contribution aux transformations entreprises) et l’adoption rapide par les utilisateurs.
Remarque : la distribution de la carte d’achat est récente en France ; elle a été précédée d’une famille de produits orientée « déplacement des collaborateurs ou responsables d’entreprises grandes et petites. La segmentation des cartes d’entreprises permet de s’adapter à des besoins spécifiques des administrations, des TPE-PME ou des grandes entreprises à plusieurs établissements internationaux ; la force de l’outil de paiement étant sa modularité, toujours adossée au même système de gestion de la carte bancaire, normatif et sécuritaire.
C’est l’émergence de l’Internet qui transforme la vente à distance en « commerce électronique ». Dans ce contexte, le paiement est une fonction centrale de la réalisation des promesses de ce nouvel enjeu économique.
Depuis sa création, la carte bancaire a démontré que ses capacités technologiques lui permettaient de s’adapter à tous les canaux de distribution que commerçants et prestataires de services souhaitaient utiliser pour vendre. Qu’il s’agisse de petites boutiques ou de grandes surfaces, de services immatériels (voyage, assurances, spectacles…) ou de biens délivrés par des automates (billets, carburants, autoroutes..), ventes en face à face ou à distance, par minitel, téléphone, télévision, le Groupement des Cartes Bancaires "CB" a mis à disposition des spécifications et des règles d’utilisation de la carte bancaire sur les matériels adaptés.
Deux enjeux :
- s’adapter aux terminaux et architectures informatiques,.
Les nouvelles technologies diversifient les terminaux d’accès au commerce électronique : PC, télévision interactive, téléphone mobile, terminaux dans les voitures, consoles de jeux, bornes télématiques, etc…
L’utilisation de l’Internet avec ou sans fil crée des architectures informatiques reliant terminaux et serveurs qui conditionnent l’acheminement des transactions et la sécurité qui les entoure.
Les différentes formes de paiement proposés par le Groupement des Cartes Bancaires "CB" ont pour objectif de s’adapter à ces terminaux et à ces architectures.
- s’adapter aux modalités de vente à distance
Les circonstances d’utilisation de ces terminaux, les types de services qu’ils permettent de rendre (vente d’informations, réservations, offre de produits ou services en « push », vente aux enchères, chargement de musique ou de video…) sont également décuplés par la distribution sur les réseaux.
La carte bancaire adapte ses règles de fonctionnement pour faciliter ces transactions nouvelles.
Il est important qu’un support, la carte bancaire, crée une « constante » d’utilisation dans l’acte de paiement. A distance ou dans le paiement de contact.
Elargissement géographique
L’Europe a promu une monnaie unique, l’euro. Les consommateurs l’apprivoisent et découvrent les avantages de l’utilisation d’une monnaie unique matérialisée par des pièces et des billets communs, dans leurs déplacements.
Les enjeux stratégiques et économiques sont évidemment très importants.
Leurs résultantes en termes de produits et services aux consommateurs et aux entreprises ne le seront pas moins.
Même si les scénarios sont nombreux, une telle évolution ne peut que favoriser l’apparition de nouvelles offres et applications :
- soit liées à l’association de marques, voire à la création de nouvelles,
- soit liées aux processus d’encaissement (centralisation de recettes par exemple),
- soit encore liée à la taille du marché ouvrant des opportunités de marché que le morcellement des états n’autorisait pas au préalable (paiements de petits montants par exemple),
- soit enfin, liées à de nouveaux concurrents qui provenant de secteurs d'activités différents de ceux du paiement risquent d'introduire des définitions différentes de produits.
Par nature évolutive tant du point de vue technologique que marketing, la carte bancaire CB dispose des atouts nécessaires pour être le support d’un paiement quasi-universel, sa vocation essentielle, et le vecteur de services nouveaux dans la relation acheteur/consommateur- fournisseur (rapidité, dématérialisation…) quelque soit le canal de la transaction.
Jean-Pierre Buthion
Responsable Produits et Services
Groupement des Cartes Bancaires CB
jean-pierre-buthion@cartes-bancaires.com
Septembre 2005. Mise à jour février 2007