Google prend pied sur le marché en vogue des "sites de socialisation"
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C'est la réponse de Google à Facebook, l'un des sites de "socialisation" les plus fréquentés du Web. Et accessoirement au géant des logiciels Microsoft, qui a réussi à en décrocher la régie publicitaire, fin octobre, et à prendre une participation à son capital (1,6%).
Google, le premier moteur de recherche mondial, a annoncé, jeudi 1er novembre, une vaste alliance avec des sites concurrents de Facebook, à commencer par MySpace, le principal d'entre eux. Les éditeurs de logiciels Oracle et Salesforce.com, challengers de Microsoft, sont également de la partie.
L'alliance, baptisée OpenSocial, consiste à proposer à la communauté des développeurs informatiques sur Internet des outils leur permettant de créer des applications (par exemple, des systèmes de partage de fichiers musicaux), compatibles avec tous les réseaux sociaux partenaires. Jusqu'à présent, ils devaient écrire des programmes spécifiques pour chaque réseau. Les outils logiciels mis à disposition par Google vont leur permettre de gagner du temps et de toucher jusqu'à 100 millions d'utilisateurs à la fois.
Google espère ainsi les détourner de Facebook. Et priver ce réseau social d'origine américaine (créé par Mark Zuckerber, un étudiant d'Harvard, en 2004), de son principal moteur de croissance. En effet, c'est en grande partie parce que Facebook a décidé, au printemps 2007, d'ouvrir sa plate-forme aux développeurs, que le site recrute aujourd'hui plus d'un million de nouveaux adeptes par mois. Les développeurs ont en effet joué le jeu, créant plus de 5.000 applications pour les membres de Facebook, leur permettant, gratuitement et simplement, d'enrichir encore plus leurs "profils" en ligne, et de multiplier les moyens de communiquer avec leurs contacts.
"Facebook n'est pas menacé à court terme par OpenSocial. (…) Mais sa capacité à être la plate-forme sur laquelle sont lancées toutes les nouvelles applications sociales se détériorera à mesure que la concurrence s'intensifie", estime sur son blog Charlene Li, consultante chez Forrester.
Données personnelles
Google, Yahoo! et Microsoft n'ont pour l'instant pas réussi à imposer leurs propres réseaux sociaux. Celui de Yahoo!, baptisé Mash, est toujours en test. Celui de Google (Orkut) ne décolle pas aux Etats-Unis. Mais pour ces sociétés qui se disputent aujourd'hui le leadership mondial pour le contrôle commercial d'Internet, l'enjeu des réseaux sociaux est considérable.
Impossible de rester à l'écart d'un phénomène qui, à en croire les experts, est en train de bouleverser notre façon de communiquer. "Les sites de socialisation rendent possibles des formes de communication reflétant de très près les interactions réelles entre personnes", selon Jennifer Simpson, du Yankee Group. "Ils permettent de rester en contact avec ses proches mais aussi d'entrer en contact très facilement avec des inconnus", selon Jaap Favier, de Forrester. Selon une étude publiée mi-octobre par le cabinet Datamonitor, les réseaux sociaux compteront 230 millions de membres à la fin de l'année.
Les trois géants du Web s'intéressent tout particulièrement aux revenus publicitaires que pourraient un jour générer ces sites. Pour l'instant, ces derniers se contentent de vendre des "bannières" publicitaires, la forme la plus basique de réclame en ligne. Mais ils détiennent une telle quantité de données privées sur leurs membres (sur Facebook, beaucoup vont jusqu'à livrer leurs préférences sexuelles et politiques), qu'ils pourraient proposer aux annonceurs des publicités extrêmement ciblées.
"Avec les liens sponsorisés de Google [mots-clés vendus aux annonceurs pour que leurs sites soient mis en valeur quand l'internaute fait une recherche], les publicités vues par les internautes sont basées sur ce à quoi ils pensent. Avec les réseaux de socialisation, ils verraient des réclames basées sur ce qu'ils sont", explique Ri Pierce-Grove, analyste de Datamonitor. Ces revenus publicitaires - moins d'1 milliard de dollars en 2007 - pourraient tripler d'ici à 2012, toujours selon Datamonitor. A en croire les rumeurs, Facebook pourrait lancer sa solution de publicité en ligne personnalisée dès le 6 novembre… Jaap Favier identifie quand même un frein majeur au développement de la publicité sur les réseaux sociaux : "C'est la protection des données personnelles. Pour l'instant, ce n'est pas encore une préoccupation majeure, mais cela pourrait bien le devenir, au fur et à mesure que monte en puissance leur exploitation commerciale."