Qui va payer la facture du haut débit en France? Vers la fin du haut débit illimité?
Le FRench Network Operators Group (FRnOG : http://www.frnog.org/?lang=fr) est un groupe d’échange d’informations qui rassemble des personnes intéressées par les domaines de la sécurité, la recherche et le fonctionnement d’Internet en France. Avec 150 personnes présentes cette année, le record de fréquentation a été atteint.
Les réunions ont lieu deux fois par an et habituellement les présentations plus ou moins techniques se succèdent de manière policée jusqu’au cocktail final. Cependant le paysage de l’internet, surtout en France, a tellement changé au cours de ces deux dernières années, que cette année un vif débat a pris place entre les participants. En toile de fond, une question centrale emerge "Qui va payer les coûts induits par la croissance phénoménale des débits liées aux Web 2.0 ?"
Les hébergeurs et les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) se sont livrés depuis le début des années 2000 à une bataille acharnée pour développer leur base client. Résultat : En quelques années, la France est devenue le 2ème pays européen après l’Allemagne pour le nombre d’abonnés haut débit (http://www.journaldunet.com/ebusiness/telecoms-fai/chiffre/071106-haut-debit-union-europeenne/5.shtml) et propose les offres triple play parmi les compétitives au monde comme l’indique l’OCDE dans son rapport de 2006 (http://www.oecd.org/dataoecd/47/32/36546318.pdf). Ce rapport souligne que l’abonné français paie en moyenne 1 euros par Megabit soit plus de moitié moins que dans la plupart des autres pays Européens (http://www.echosdunet.net/dossiers/dossier_1197_tour+europe+des+fai.html).
L’internaute français est donc un enfant gaté qui blogue, télécharge énormément (environ 60% du trafic IP en France), regarde beaucoup de vidéos, et consomme donc une partie croissante de la bande passante qui lui est alloué. Dans toutes les révolutions technologiques, ce ne sont pas les experts en stratégie qui façonnent le marché mais la pression des utilisateurs qui crée des nouvelles tendances technologiques qui bouleversent parfois les modèles économiques préétablis.
Il se trouve que la croissance phénoménale de la diffusion vidéo (streaming) sur internet n’était pas prévue par les FAI et ils ont du s’adapter à cette nouvelle donne, sans perdre leur part de marché respective. Le modèle économique basée sur la sur-souscription de la bande passante par abonné, se trouve donc remis en cause, car les fournisseurs de contenu remplissent les tuyaux bien plus vite que prévu. Aujourd’hui la connexion standard aux backbones mondiaux pour les FAI et les hébergeurs est la carte 10 GIGABITS en attendant le lancement des cartes 40 GIGABITS, 100 GIGABITS, dont le lancement dépend des labs des constructeurs d’équipements comme CISCO, Foundry ou Juniper.
Le coût de la mise en place de ces réseaux du futur sera-t-il financé par les FAI seuls ?
La tendance en vogue est d’associer également les fournisseurs de contenu à ces investissements en instaurant le principe du peering payant. Le peering est une pratique fréquente entre opérateurs télécoms, qui repose sur un échange de trafic permettant ainsi à l’Internet d’être un réseau fluide et mondial. Les peerings permettent d’assurer une qualité constante du réseau jusque chez l’utilisateur. Pour que cette qualité se mantiennent au profit de l’internaute, les FAI font désormais payer les fournisseurs de contenus gratuits. Par exemple, récemment les abonnés de 9telecom ne pouvaient plus accéder au site Dailymotion jusqu’à ce qu’un accord (financier) soit trouvé entre les deux parties
Aujourd’hui la qualité et le transport de ces images se payent, et les FAI préfèrent véhiculer du contenu payant, type VOD (Video on Demand).
Les fournisseurs de contenu gratuit qui sont souvent des start-ups avaient prévu dans leur business plan, d’acheter de la bande passante auprés des grossistes (les opérateurs alternatifs), mais pas auprés des détaillants (les FAI), d’où un certaine grogne de leur part.
Dans un même temps, les opérateurs historiques (par exemple Orange, DTAG) font désormais payer aux opérateurs alternatifs (par exemple Global Crossing, Cogent, Teleglobe ) l’accès à leur marché respectif, pour protéger les marchés domestiques. Internet le réseau sans frontière voit s’ériger des barrières douanières non officielles, entre le différents backbones mondiaux.
De leur coté les hébergeurs ne cessent de voir leur bande passante augmenter et doivent parfois sélectionner les sites qu’ils hébergent pour pouvoir maîtriser leur croissance.
Cet écosystème pour continuer à exister devra reposer sur plus de confiance et de créativité et non sur des barrières financières entre les différents acteurs. A mesure que l’utilisateur final français se rapproche de la consommation totale qui lui est offerte (30 Megabits en moyenne), les FAI devront inventer de nouvelles offres pour amortir le coût de leurs investissements dans la fibre et dans l’acquisition de bande passante.
Ce modèle pourrait être un compromis entre les offres data de la téléphonie mobile (limité à un certain débit par mois) et les offres de l’ADSL. Déjà en Belgique et en Australie, certains FAI (Telenet, Belgacom, Bigpond) offrent aux utilisateurs une facturation à l’utilisation au delà d’un certain débit. Est-ce que les internautes français seront prêts à payer après avoir été les plus gâtés d’Europe ?
La vidéo des rencontres : http://www.frnog.org/?page=meetings